Je donne l'élan pour que les gens soient heureux de venir le matin
Après « Les dix commandements», un spectacle qui a vu défiler 2 millions de spectateurs,
Dove Attia, producteur de comédies musicales, récidive avec «Autant en emporte le vent».
Pour lui, chaque corps de métier est un maillon indispensable au succès collectif.
Même dans une équipe éphémère, il faut impliquer tout le monde.
Deve £ffia, 46 ans, cultive les paradoxes. Né à
Tunis, dans une famille modeste, ce passionné de musique est
aussi un polytechnicien. Tour à tour prof de maths,
créateur d'entreprise dans l'édition vidéo, il a
été l'un des dirigeants de TFI International et de
Tekelec, un distributeur de composants high-tech, avant de renouer avec
la musique comme producteur.
Définir un but clair
«Encadrer des adolescents, manager les salariés d'une
société high-tech ou d'une entreprise de spectacle, pour
moi, c'est pareil. C'est d'abord une question de psychologie. Je dois
créer un élan de motivation pour que les gens soient
heureux de venir tous les matins, qu'ils aiment leur travail et qu'ils
aient envie de se battre ensernble pour réussir un spectacle de
très bonne qualité. Ce but, je l'ai clairement
défini et je dois le faire partager à tous pour assurer
la cohésion de la troupe. J'accorde donc beaucoup d'importance
à la transparence. Je me fais un devoir de communiquer sur
l'avancement de notre objectif; chacun doit comprendre pourquoi il se
bat. Une entreprise dépend des hommes et de leur niveau
d'engagement. Ce qu'ils donnent peut changer le résultat.»
Ne pas faire de différences
«Je ne triche jamais, je suis moi-même, toujours proche des
gens. Du technicien au cadre ou au premier chanteur, je ne fais pas de
différence. Chez nous, il n'y a pas de star. Tout le monde est
«important». Chaque corps de métier est un maillon
indispensable. En tant que producteur, je suis le chef d'orchestre qui
réunit tous les talents: chanteurs, danseurs, machinistes,
accessoiristes, coiffeurs, habilleurs, maquilleurs, équipes son
et lumière, etc. Au total, 100 salariés directs et 200
indirects, pour «Autant en emporte le vent» ... et un
budget de 10 millions d'euros sur les épaules! Je n'ai pas
intérêt à me planter. Malgré tout, je dois
rester à l'écoute des intuitions géniales des
artistes, même Si elles sont parfois contraires à ce que
je pense ou trop onéreuses...»
Témoigner de la reconnaissance
«Dans l'entreprise, la reconnaissance prend mille formes. Pour le
manager, elle passe par la connaissance et le respect du travail de
chacun. J'essaie donc de bien connaître les différents
métiers pour parler le même langage. D'ailleurs, je suis
presque devenu un spécialiste de tout: du son, des
lumières, etc. Pour que chacun se sente impliqué, la
production organise des soirées où tous les membres de la
troupe sont invités. C'est rare dans le métier! Le
dialogue est quotidien. En réunion, j'implique toutes les
personnes concernées pour que chacun s'exprime, donne son avis.
Je suis aussi le seul producteur qui garantit aux chanteurs un salaire
par représentation et un pourcentage sur les recettes. Ce n'est
pas un moteur mais une récompense juste. Le salaire est bien sur
un élément de reconnaissance.»
I. Une entreprise on perte de repères
«Quand je suis arrivé à la tète de Tekelec,
en 1997; ce groupe de high-tech avait un problème de
stratégie. Il fonctionnait selon des méthodes anciennes,
les salariés étaient démotivés, ils avaient
perdu l'envie de se battre.»
Redonner une cohésion
«J'ai très vite défini une stratégie pour
motiver le personnel; j'ai incité le dialogue et j'ai revu les
salaires. Je décide toujours de faire bouger les choses
rapidement, même Si les changements sont incomplets. Un manager
est bon quand il arrive avec un oeil neuf. Après cinq ans, il
est usé.»
2. Un mouvement de grève surprise
«Lors de la tournée canadienne des «Dix
commandements», j'ai été appelé un soir de
toute urgence, à une heure de la représentation. Les
danseurs étaient en grève: ils refusaient de monter sur
scène pour soutenir un éclairagiste licencié pour
faute grave.»
Justifier sa décision
«Arrivé en catastrophe, je me suis retrouvé en face
d'une trentaine de personnes, très solidaires. J'ai d'abord fait
preuve de fermeté, en insistant sur cette attitude inadmissible.
Je me suis adressé directement aux quatre ou cinq leaders,
identifiés ou cachés. Je leur ai demandé de me
faire confiance et j'ai argumenté ma décision. J'ai
compris que cet acte de solidarité était le revers de ma
volonté de souder un groupe. Le spectacle a repris.»